• Juste après nous, le déluge

     

    Le changement climatique, la hausse des températures promise doit provoquer un changement du mode de gestion de la  planète Terre. Cela ne pourra se faire qu'au niveau de l'Humanité toute entière. Ceux qui peuvent impulser ce nouveau paradigme sont-ils désireux de le faire et le système le permet-il ? Sinon, quelle priorité faut-il choisir pour que l'humanité ait une chance de demeurer sur sa planète ?...

     

     

    Juste après nous, le déluge

     

    Juste après nous, le délugee réchauffement climatique est passé du statut d'hypothèse controversée à celui de menace avérée. Une étude peu contestée déclare en juillet 2017 que « l’augmentation de la température [sera] probablement de 2 °C à 4,9 °C, avec une valeur médiane de 3,2 °C et 5 % de chances qu’elle soit inférieure à 2 °C. ». Soulignant l'incapacité, si ce n'est la duplicité des politiques, l' article rappelle que le fameux accord de Paris grace auquel nos décideurs se sont tellement pavanés, n'a même pas arrêté de date précise, alors que le GIEC préconisait, en 2010, une baisse de 40 à 70 % des émissions de GES provenant des énergies fossiles d’ici à 2050.

     

    Les accords de Paris stipulaient qu’après s’être engagée à limiter l’augmentation à 2 °C, la communauté internationale ferait des efforts afin d’atteindre une limitation de cette augmentation à 1,5 °C. Or, les chercheurs expliquent que ce second objectif « suppose que l’intensité en carbone baisse bien plus vite que dans le passé récent », donc se retrouve au niveau d'avant la Révolution industrielle...

     

     

     

    Le GIEC, instance internationale d'étude du changement climatique a établi des prévisions à partir des données climatiques, économiques, démographiques et autres, sur l'évolution du changement climatique jusqu'en 2100. Il a bâti 5 scénarios, du plus maîtrisé au plus libre. Le plus libre représentant un changement climatique que les responsables laisse prospérer sans aucune tentative ou presque de le contrer. Ce scénario, le RCP8.5* montre que la température moyenne globale de la période 2081-2100 pourrait augmenter de 4,8°C par rapport à la période 1986-2005.

     

     

    Juste après nous, le déluge

     


     

    On mesure mal l'impact psychologique d'une hausse qui sortira de Terre des dizaines de millions d'habitants. « Sortira de Terre », au sens d'une planète incandescente expulsant ceux qu'elle a fait prospérer jusqu'à présent. J'imagine les contes et les inquisitions qui seront lancées sur le thème du fils prodigue. Et la croix, pas la croix biblique, non, la croix sur l'avenir qui sera tracée dans les têtes. Au fer, elle s'imprimera.

     

     

     

    Et on voudrait que les corps s'endurcissent, que les têtes redeviennent dynamiques. Certains prêchent, ou pas loin. Je pense à Pablo Servigne, prédicteur éclairé de « l'Effondrement » qui appelle à passer au-delà, dans la vie au-delà de la fin. Mais quel au-delà ?

     

    La Terre est épuisée, pillée, polluée du sol au plafond. Et nous n'avons plus les moyens matériels de redresser la barre. Vivre avec ça voudrait dire déjà être capable de supporter des températures extrêmes, des variations extrêmes, de recommencer à faire société en oubliant le fait que le capitalisme nous a habitué à être tous des bricoleurs nuls, parfaitement dépendants. Incapables de fabriquer le moindre objet, la moindre nourriture. Incapables surtout de nous organiser dans la coopération et la fraternité, puisque le capitalisme c'est la guerre de tous contre chacun et de chacun contre tous et que grâce à nos capitaines d'industries, nos politiques et nos hommes de médias notre esprit s'est appliqué à contester pendant deux siècles l'instinct grégaire de l'espèce, sa nécessaire prétention à faire société.

     

     

     

    Ça voudrait dire également de dépasser, de noyer les convulsions qui auront lieu à partir du moment où les effets du climat et de la pollution, conjugués aux ravages causées par le système économique totalement démentiel dans lequel nous sommes plongés. Sans doute des émeutes du climat, des bouffées de terrorisme climatique verront le jour. Des violences s'exerceront, venues de ceux qui, enfin, verront qu'ils sont foutus, que leurs terres sont mortes pour les cultures, que leurs corps ne pourront même plus supporter le climat de leur région, voire de leur pays.

     

    Et je ne parle pas que de l'Afrique. On constate déjà dans le sud que le rayonnement solaire est bien plus violent qu'avant, des canicules inédites, des écarts journaliers de températures qui mettent les corps à rude épreuve.

     

    Quand il n'y a plus d'issues, la violence se lève. Il faut une force de caractère peu commune pour dominer sa détresse, celle de ses proches, l'avenir bouché et la peur qui viendra quand les ressources en nourriture, en eau viendront à manquer. La démocratie est un effort continu désespérément attendu par les ventres affamés, les esprits et les corps épuisés par un climat complètement en roue libre.

     

     

     

    Nos existences et nos esprits ne sont absolument pas prêts à une révolution aussi radicale, qui surviendra très vite après les premiers coups de semonces indéniables, par le fait que les changement progressent non de manière logarithmique mais exponentielle. Les institutions soumises et gangrenées par le commerce, l'argent, ne le seront pas. Les 15000 morts par la canicule de 2003 ont constitué un prologue significatif. L’État, au plus haut, n'a absolument pas pris conscience des faits, le ministre Mattei, sourd et aveugle, s'est drapé dans une arrogance dérisoire et des coups de menton pathétiques. Jusqu'à ce que tombent les avis de décès.

     

    Être prêt signifierait, aujourd'hui, que la toute-puissance et la totale impunité du Marché à décidé de s'occuper des peuples, prévoir, planifier. La seule chose que souhaite planifier le Marché c'est l'arrosage continu des consommateurs par des produits ciblés.

     

    De toute façon, la visibilité entretenue par les marchés boursiers qui (dé) régulent toute l'activité planétaire est à quelques jours, voire quelques heures. En cas de catastrophe, ils précipitent dans un sens puis dans l'autre leur obstination moutonnière avec une rapidité qui défie toute planification raisonnable de ressources et moyens humains. Où il faudrait de la maîtrise et du calme, c'est un facteur d'incertitude le plus total qui guide, si on peut dire, l'action des « décideurs », toujours décidés à se coucher devant les marchés boursiers.

     

     

     

    Combattre le changement climatique suppose une prise de conscience immédiatement doublée d'un changement de priorité radical, ce à l'échelon inter-continental. Nous sommes dans la dynamique opposée, avec des politiques qui s'appliquent à entretenir les guerres et s'attaquer aux plus pauvres. Ce, pour toujours gaver une poignée de monarques incroyablement riches et pourvus de la lucidité avec crocs des capitalistes du XIXème. Grâce à eux, l''effondrement qu'on attend du côté climat, pourrait très bien survenir côté économique. C'est aux banques qu'on pensera en premier, comme en 2009, suite à la crise des « subprimes », comme en Grèce, suite à la faillite de l’État perclus de dettes. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. La mentalité des dominants financiers ne changera pas. Mais les caisses des banques centrales seront à sec longtemps avant d'avoir recapitalisé les banquiers ruinés.

     

     

     

    Le climat, l'économie et la démocratie « autoritaire » conjugueront leurs menaces, désormais. Paolo Servigne et ses co-auteurs le montrent avec puissance et pertinence dans leur livre, qui a engendré une espèce de suite intitulée Pourquoi tout va s'effondrer, un résumé plus tranchant et définitif sur les conséquences.

     

     

     

    La première étant la volonté évidente des décideurs, profiteurs du système de ne PAS changer les choses. Malheureusement, la thèse de Marx – l'existence précède la conscience – trouve là une évidente démonstration. Ils sont bien, ils sont écoutés, ils sont les rois. Et même s'ils ne le sont pas, ils profitent largement du soutien qu'ils offrent comme homme de média, politique ou autre, à l'ordinaire prédation. Prédation mondiale menée par les riches grâce à un système mortel qui ne veut absolument pas être délogé, puisque ses profits – et les dégâts qu'il provoque – sont en croissance chaque année .

     

    La deuxième étant l'absence corrélative de plan pour lutter contre le changement climatique et les menaces économiques, sociales qui lui sont liées. Nous sommes derrière une immense ligne Maginot et les troupes françaises, US, allemandes, japonaises, anglaises...Jouent au foot pendant que l'ennemi coordonne ses efforts et innove chaque jour. Les résolutions affichées par les différentes COP sont écartées, niées sans cesse. Il n'y a jamais eu autant de demande de charbon ou pétrole.

     

    La troisième est l'incapacité d'une grande partie de la population à se départir du rôle de consommateur passif, résigné ou laudateur de cet ordre marchand qui détruit la Terre et les vivants. Le Marché est devenu une morale, un réflexe interne pour beaucoup, un sur-moi qui valide l'égoïsme et l'affaiblissement général de l'empathie envers les êtres.

     

    Il est malheureusement normal de ne penser qu'à soi quand l'autre est présenté sans cesse comme un rival dans la compétition économique ou nationaliste. Mis à part quelques miettes de Téléthon pour célébrer notre commune bonté. La posture belliqueuse devient une éthique, la bêtise collective une valeur, l'obéissance permanente un gage de lucidité et de maturité.

     

     

     

    Il y a ensuite le constat détaillé par des milliers, maintenant, de chercheurs et autres observateurs responsables. Constat d'un écroulement général de la « nature », d'une faune et d'une flore depuis longtemps colonisées, humanisées. Mais pour aussi dégradé que ce soit le bilan de la nature, il demeure secondaire par rapport à la faillite de l'ethos général de l'humanité, de l'incapacité, en termes moraux, des décideurs à prendre en compte qu'il n'y a qu'une humanité sur une seule Terre.

     

     

     

    Il est urgent de remplacer la proposition « il n'y a pas de planète B », par « il n'y a pas d'humanité B ».

     

    Il faut retrouver l'humanité sous le monceau des choses, sous les appétits débridés, sous les guerres comme modes de gestion, sous la communication dénaturant le langage. Toutes les COP du monde, tous les avertissements scientifiques ne serviront à rien si la conscience collective de l'humanité n'est pas mise au jour. L'avancée des peuples de la Terre nous est présentée comme une conquête physique, intellectuelle et territoriale permanente. De même la croissance de l'un est la privation de l'autre. Nous sommes encore dans le règne d'une Jungle bien plus atroce, plus antique, que celle que connaissent les animaux.

     

     

     

    Retrouver l'humanité signifie passer de la conquête à la coopération. Nous n'y sommes absolument pas prêt. Le capitalisme, la prédation qu'il promeut, l'insouciance consumériste qu'il prêche, la corruption qu'il engendre naturellement, ont endommagé les institutions du commun très gravement. Pire, il a atteint nos êtres profonds, notre psyché devenue un miroir déformé, avec pour conséquence un déformation pathologique de nos valeurs et nos mythes à un niveau très profond en chacun de nous.

     

    La situation n'est donc pas désespérée, elle est sans issue, ou plutôt dans un tunnel à sens unique.

     

    Sortir d'un tunnel suppose de lézarder la face désirable du Marché, et d'explorer beaucoup plus finement les conséquences concrètes du réchauffement – pertes en vies humaines, animales, les transformations des paysages, les maladies corrélatives qui vont exploser, voire apparaître.
    Mais c'est surtout la conscience que « nous » avons un problème qui sera déterminante. Il faut remonter la pente des consciences individuelles, car les solutions individuelles seront balayées. Au plus fort et au plus grave du réchauffement seule l'entraide sauvera une partie d'entre nous, et surtout la génération à venir. L'entraide comme empathie, mais surtout un renversement total des priorités, générant un basculement des budgets, des objectifs et des ambitions vers la renaissance de l'Humanité, comme une seule espèce mortelle, fragile et grégaire. Ceci, malgré les apparences, n'étant pas un prêche pour l’avènement d'un sauveur, d'un surhomme, une réunification mystique, l’avènement d'une glose nouvelle. Mais l'appel à la vie. La face désirable du capitalisme, c'est le désir de mort.

     

    Ces quelques mots de Cornelius Castoriadis l'expriment au mieux.

     

    « Ce phantasme grandiose et vide de la maîtrise sert de contrepartie à la grotesque accumulation de gadgets dérisoires, les deux ensemble fonctionnant comme distraction et divertissement pour occulter notre mortalité essentielle, pervertir notre inhérence au cosmos, oublier que nous sommes les improbables bénéficiaire d’une improbable et très étroite bande de conditions physiques rendant la vie possible sur une planète exceptionnelle que nous sommes en train de détruire. » **

     

     

     

     

     

     

    *RCP (« Representative Concentration Pathways » ou « Profils représentatifs d’évolution de concentration »).

     

    ** CASTORIADIS. C., « Quelle démocratie ? », In : Les carrefours du labyrinthe - 6, Paris, Seuil, Points, 1999, pp. 216-217 - In « L'époque, les discours, l'amour. Approche structurale et historique de l’indifférence aux choses de l’amour » – Thèse de doctorat présentée et soutenue par Bernard Victoria le 11 juillet 2015, en vue de l'obtention du doctorat de l'Université de Toulouse

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Écume blanche
    Vendredi 20 Juillet à 19:06

    Moral en miettes.

      • Vendredi 20 Juillet à 21:08

        C'est effectivement une situation limite, mais l'humanité n'a pas dit son dernier mot, tant par sa volonté que par les moyens que son imagination peut concevoir pour en sortir...

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